Actus · La Rédaction Laé & Louis Van Herge · 11 septembre 2026
L'Académie Laé : De quoi s'agit-il ?
À 22 ans, Pierre Laé ne manque pas d’ambition. Instituteur, étudiant en droit et créateur de contenus, il développe sous le nom d’Académie Laé trois projets consacrés à l’éducation : des stages pour enfants, une plateforme de ressources pédagogiques et un média spécialisé. Trois initiatives différentes, pensées comme autant d’étapes vers un objectif plus lointain : créer un jour sa propre école.
À 22 ans, Pierre Laé sait déjà autour de quoi il veut construire sa carrière : l’éducation. Instituteur dans une école privée internationale, étudiant en sciences juridiques le soir et créateur de contenus ayant déjà cumulé plus de 20 millions de vues sur les réseaux sociaux, il développe aujourd’hui plusieurs projets sous un même nom : l’Académie Laé, qui réunit les Stages Laé, destinés aux enfants pendant les vacances scolaires, Ressources Laé, une plateforme de matériel pédagogique pour les enseignants, et Le Journal Laé, un média consacré à l’école et à ceux qui la font vivre.
« Trois projets, trois publics, mais un même sujet : l’école et ceux qui la vivent. »
Tous ne sont encore qu’à des stades différents de leur développement. Mais leur direction, elle, est déjà identifiée.
Une école comme horizon
Lorsqu’on lui demande où tout cela doit mener, Pierre Laé ne tourne pas longtemps autour du pot : il veut créer une école.
Pas demain. Et surtout, pas à partir d’un projet pédagogique déjà figé.
« Je veux une école où les enfants puissent s’épanouir le plus possible. »
L’idée s’est construite progressivement. Lors de ses stages dans l’enseignement, mais aussi à travers son propre parcours scolaire, Pierre Laé dit avoir été marqué par les difficultés rencontrées dans certains établissements publics : budgets serrés, manque de matériel, infrastructures parfois insuffisantes et projets limités faute de moyens. De là est née l’envie, encore lointaine, de fonder un jour une école privée.
Mais pas question, pour autant, d’écrire dès aujourd’hui le projet pédagogique d’un établissement qui n’existera peut-être que dans plusieurs années. Pierre Laé préfère faire du temps et de l’expérience une partie intégrante de sa réflexion.
Son travail d’enseignant, les enfants qu’il accueillera dans ses stages, les ressources conçues pour les professeurs, les personnes interrogées à travers le Journal Laé ou encore ses études juridiques doivent, selon lui, lui permettre de confronter ses idées avant de les transformer en projet.
Les Stages Laé, là où tout a commencé
À l’origine, pourtant, il n’était pas question de journal ni de plateforme pédagogique. Le premier projet imaginé par Pierre Laé était beaucoup plus concret : organiser des stages pendant les vacances scolaires.
Les Stages Laé doivent accueillir des enfants de 6 à 11 ans autour de journées mêlant jeux, activités en intérieur et en extérieur, activités aquatiques et animations diverses.
Les stages se dérouleront en immersion anglaise. Bilingue, Pierre Laé souhaite intégrer la langue naturellement aux activités et aux échanges du quotidien, sans transformer les vacances en cours d’anglais.
Le projet répond également à une réalité familière à de nombreux parents : le calendrier professionnel ne s’arrête pas à chaque congé scolaire. Les stages doivent donc proposer une solution d’accueil pendant ces périodes, tout en évitant de se réduire à une simple garderie.
Mais leur lancement ne s’est pas déroulé comme prévu.
Travaux, opposition du voisinage et report d’un an
Le lieu destiné à accueillir les enfants devait d’abord être aménagé et sécurisé. Pierre Laé dit avoir voulu prendre le temps nécessaire pour que les installations soient adaptées à leur accueil.
Les travaux, toutefois, ne sont qu’une partie de l’histoire.
Le projet a également provoqué des tensions avec certains voisins. Selon le récit de Pierre Laé, plusieurs riverains se seraient opposés à la venue future d’enfants sur le site. Il affirme que la police a été contactée à plusieurs reprises au sujet des travaux et qu’une pétition contre le projet a ensuite circulé après la découverte du site internet de l’Académie Laé, encore en développement à ce moment-là.
Ces éléments sont rapportés ici sur la base du témoignage de Pierre Laé et ne constituent pas une reconstitution indépendante du différend.
Le résultat, en revanche, est établi dans le parcours du projet : davantage de démarches, des travaux ralentis et finalement un lancement repoussé d’une année entière.
« Ça a mis un gros coup. »
Pierre Laé ne cache pas que l’épisode l’a atteint, autant dans l’avancée concrète des stages que sur le plan personnel. Plusieurs mois à gérer travaux, démarches et tensions ont fini par peser.
Le retard aurait pu suspendre l’Académie Laé. Il a finalement contribué à accélérer autre chose.
Ressources Laé : faire gagner du temps aux enseignants
Pendant que les stages étaient ralentis, Pierre Laé s’est tourné vers une difficulté qu’il connaissait déjà très bien : chercher du matériel pour sa classe.
Activités, fiches, jeux, supports... Comme beaucoup d’enseignants, il passe régulièrement du temps à parcourir différents sites pour trouver une ressource adaptée. C’est en comparant cette recherche en français et en anglais qu’il dit avoir constaté un écart important.
Dans le monde anglophone, plusieurs grandes plateformes sont déjà solidement installées et regroupent des milliers de ressources. Côté francophone, l’offre existe, parfois abondamment, mais elle reste davantage répartie entre une multitude de petits sites et de créateurs.
Le problème n’est donc pas seulement de trouver une ressource. Il s’agit de savoir où chercher, qui l’a créée, si elle est fiable et si elle correspond réellement au besoin de l’enseignant.
C’est sur ce constat que repose Ressources Laé : réunir au même endroit des supports pédagogiques faciles à retrouver et élaborés avec l’intervention de professionnels de l’éducation.
Pas de promesse de « révolutionner l’enseignement ». Le projet revendique un objectif nettement plus pragmatique : faire gagner du temps aux professeurs.
À terme, Pierre Laé aimerait voir la plateforme utilisée par plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’enseignants.
Le Journal Laé : écouter avant de décider
Le troisième projet change de registre.
Avec Le Journal Laé, Pierre Laé veut créer un média consacré aux enseignants, aux écoles et, plus largement, aux questions éducatives : actualité scolaire, enquêtes, portraits, témoignages de professeurs, idées pédagogiques ou encore débats.
Mais derrière le média se cache également une autre démarche : aller chercher des points de vue qu’il n’aurait pas autrement.
Des enseignants expérimentés, des chercheurs, des spécialistes, des étudiants, des jeunes, mais aussi des professionnels dont les méthodes ou les convictions peuvent différer des siennes.
Pour son fondateur, le Journal Laé doit autant servir à informer qu’à apprendre. Il espère accumuler, au fil des années, les témoignages, les recherches et les expériences susceptibles de nourrir sa propre réflexion sur l’éducation.
« Créer un média, dans cette logique, revient aussi à accepter de confronter ses propres certitudes. »
Il ne veut pas construire une future école autour d’une intuition personnelle devenue doctrine. Il veut d’abord écouter.
« Avant tout, je suis instituteur »
Vu de l’extérieur, la multiplication des projets pourrait facilement lui valoir l’étiquette d’entrepreneur. Pierre Laé, lui, en choisit une autre.
Instituteur.
Le paradoxe, c’est que le métier n’était pas une vocation d’enfance. Il raconte avoir longtemps cherché sa voie avant de commencer des études dans l’enseignement. La suite s’est imposée progressivement : la classe, le travail avec les enfants, le quotidien scolaire.
Il accroche.
Une expérience d’études au Canada renforce ensuite son intérêt pour les environnements internationaux. Aujourd’hui, il enseigne dans une école privée internationale, au contact quotidien de plusieurs langues, cultures et parcours.
En parallèle, il suit des études de sciences juridiques le soir. Là encore, il ne souhaite pas s’éloigner de l’enfance : son ambition est notamment d’approfondir, à terme, les questions liées aux droits de l’enfant et au droit de la jeunesse.
Ses projets ne sont donc pas présentés comme une porte de sortie de l’enseignement. Ils sont plutôt, à ses yeux, une manière d’en explorer davantage de dimensions.
De 20 millions de vues à un projet éducatif durable
Autre élément atypique dans le parcours de ce jeune instituteur : les réseaux sociaux.
Ses contenus ont déjà dépassé 20 millions de vues cumulées. Il connaît donc les mécanismes de création de contenu, la construction d’une audience et la capacité d’une publication à toucher rapidement un grand nombre de personnes.
Une expérience qui pourrait devenir un atout évident pour faire connaître l’Académie Laé.
Mais elle pose également une autre question : peut-on transformer une capacité à générer de l’attention en projet durable ?
Car des vidéos virales et un journal éducatif fiable ne répondent pas aux mêmes exigences. Une plateforme de ressources ne se construit pas uniquement sur une audience. Et une école, encore moins.
C’est sans doute là que se jouera une partie des prochaines années.
Une même ambition, plusieurs portes d’entrée
Pris séparément, les trois projets ont chacun leur public. Ensemble, leur articulation devient plus nette.
Les Stages Laé placent Pierre Laé au contact des enfants et des familles. Ressources Laé s’intéresse au quotidien et aux besoins des enseignants. Le Journal Laé ouvre la réflexion à d’autres voix et à d’autres expériences. Ses études juridiques ajoutent une dimension supplémentaire, celle des droits et de la protection de l’enfant. Et au centre de l’ensemble reste son métier d’instituteur.
L’Académie Laé n’est donc pas encore l’école que Pierre Laé veut créer. Elle rassemble plutôt les expériences dont il espère avoir besoin avant de pouvoir la penser sérieusement.
Reste à voir ce que ces projets deviendront lorsqu’ils auront quitté le stade de la construction pour celui de l’épreuve du terrain.
Et puis, il y a la classe
L’été 2026 n’a pas été celui que Pierre Laé avait imaginé.
Alors qu’il consacrait une partie importante de son temps au développement de l’Académie Laé, les difficultés autour des stages ont progressivement pris le dessus : les travaux, les démarches administratives, les tensions avec le voisinage, la pétition, puis la décision de repousser le lancement.
Il reconnaît avoir traversé une période de doute.
Puis les vacances se sont terminées.
La rentrée est arrivée. Une nouvelle classe, de nouveaux élèves, et le retour à ce qui existait avant les sites internet, les travaux, les projets et les chiffres : son métier.
Deux semaines après avoir retrouvé ses élèves, lorsqu’on lui demande ce qui lui a redonné l’envie de continuer, Pierre Laé ne parle ni de ses millions de vues, ni de l’Académie, ni même de son projet d’école.
Il parle de sa classe.
« Quand je suis en classe avec mes élèves, je me souviens pourquoi je fais tout ça. »
Pour l’instant, l’Académie Laé reste un pari. Les stages n’ont pas encore commencé, plusieurs projets sont toujours en développement et l’école imaginée par son fondateur appartient encore au futur.
Mais peut-être est-ce justement ce qui distingue le projet aujourd’hui : Pierre Laé ne prétend pas encore savoir exactement à quoi devra ressembler cette école.
Il veut se donner le temps de l’apprendre.
« Enseigner d’abord. Observer. Rencontrer. Écouter. Tester. Se tromper aussi, probablement. Puis recommencer. »
Et, un jour peut-être, ouvrir les portes de l’école qui en sera sortie.